Postvention d’un Suicide

Il se peut que les personnes endeuillées par le suicide aient de la difficulté à fonctionner et à gérer le quotidien dans les jours et mois suivant un tel évènement. Certaines personnes vont compartimenter leur peine et la refouler dans le fin fond d’elles-mêmes. La majorité des gens sont changés par une telle expérience de vie traumatisante puisque cela ébranle leurs notions de soi et de sécurité personnelle. Elles remettent en question leurs compétences et leurs capacités dans d’autres domaines de leur vie. Les survivants sont souvent préoccupés par un questionnement incessant, ce dernier étant possiblement une façon de gérer la perte suite à un acte suicidaire. Les questions sans réponse peuvent mener les survivants à se sentir responsables du décès de l’être cher ainsi qu’à des sentiments de culpabilité et de honte.

PERTE SOUDAINE : Que peuvent ressentir les survivants?

Ces perceptions de soi altérées, étant souvent erronées, peuvent être intensifiées par des jugements sociaux qui contribuent à la stigmatisation face au suicide. «Pourquoi il/elle t’a fait ça?» ou «Quel geste égoïste!» ou «Tu parles d’un lâche!» Ces commentaires souvent dit avec de bonnes intentions sont humiliants et teintés de jugement; ils contribuent aux préjugés associés au suicide ainsi qu’à la honte et la culpabilité chez le survivant. Vous trouverez dans ce guide des suggestions de commentaires et de réponses pour encourager le survivant à exprimer ses sentiments dans le cadre d’un dialogue sécurisant, empathique et sans jugement.
Le deuil est nécessaire et chaque personne vit le deuil d’un être cher à sa propre façon. Le processus du deuil requiert du temps. La manière d’exprimer le chagrin peut varier entre des réactions discrètes ou privées et des expressions vives et publiques.

Le deuil suite à un suicide est toujours complexe. (Wolfelt, 2007) Il faut souligner le point suivant :peu importe les réactions, les sentiments ou les questions du survivant… tous sont compréhensibles et acceptables compte tenu du contexte et de la perte qu’il a vécu.  Il n’y  a pas de bonnes ou mauvaises façons de ressentir, de réagir ou de vivre son deuil.

Afin de permettre aux survivants d’entamer le processus nécessaire pour faire face au traumatisme du suicide, nous suggérons aux premiers répondants l’approche suivante :

  • Reconnaître, admettre, et permettre au survivant de ressentir ce qu’il ressent
  • Respecter les besoins du survivant et lui laisser le choix du rythme de la conversation et des décisions à prendre
  • Laisser savoir au survivant qu’il peut vous parler s’il en ressent le besoin, que vous être là pour l’écouter
  • Laisser savoir au survivant qu’il peut partager son expérience s’il le désire; ne pas imposer de dévoilement ou de partager des faits si le survivant n’est pas prêt à le faire
  • Offrir au survivant le soutien et les informations sur les ressources disponibles pour en parler (soit les personnes qui les ont appuyées dans le passé ou les ressources communautaires spécialisées dans le domaine du deuil par suicide). Le seul fait d’être présent, de faire preuve de sincérité, et de reconnaître la douleur associée à ce décès tragique, démontre votre souci pour le survivant et admet l’impact de ce décès sur tous ceux qui sont impliqués.

La gamme et la diversité des sentiments, réactions et expériences possibles sont communes, on s`y attend, et compte tenu de la tragédie qui vient de se produire on les comprend. Il n’y a pas qu’une seule façon de réagir au traumatisme du suicide.  Voici des exemples d’émotions, de réactions et d’expériences que vous pourriez constater :

Le choc et l’engourdissement- ne pas vouloir ou ne pas être prêt à ressentir la douleur intense, se sentir chancelant, engourdi et vide; se fermer à toute émotion.

Une profonde tristesse- sentiment d’impuissance, de désespoir, d’anxiété, de peur, de rejet et d’abandon. La vie ne semble plus avoir de sens.

La colère et le blâme- envers soi-même et les autres y inclus les pourvoyeurs de soins de santé, la famille, les amis ou la personne décédée; trouver la vie injuste.

La culpabilité- avoir l’impression d’avoir raté quelque chose ou d’avoir ignoré des signes avertisseurs; le survivant peut aussi se sentir coupable d’être en vie alors que l’être cher est décédé.

La honte- peur intense d’être jugé, ou se juger et se blâmer soi-même pour le décès.

Le soulagement- il arrive que le survivant puisse se sentir soulagé si la personne décédée souffrait d’une façon ou d’une autre, ou si la relation avec cette dernière était très difficile ou chaotique.

Quoi dire ?  Suggestions pour faciliter la communication:

Voici quelques suggestions de questions ouvertes pour venir en aide à une personne endeuillée par le suicide :

«De quoi as-tu besoin en ce moment?»

  • Essayez de combler les besoins de base (offrir de l’eau, de la nourriture, du réconfort) ou lui en faciliter l’accès (emmener la personne chez elle, appeler quelqu’un qui est en mesure d’offrir le soutien nécessaire).

«Qui puis-je appeler pour toi?»

  • Lui fournir un téléphone. S’assoir avec la personne, si elle le veut, pendant qu’elle appelle une personne qui pourra lui offrir du soutien.

 

«Qui et quoi t’a déjà aidé durant des moments difficiles?»

  • Un membre de la famille ou un voisin, un conseiller, un ministre/prêtre ou des stratégies pour prendre soins de soi.

«Ce sont des moments très difficiles pour toi.  Est-ce que je peux tout de même t’aider?»

  • Valide ce que la personne vit et ouvre une porte pour lui offrir l’accès à des ressources afin de répondre à ses besoins de base, pour sa sécurité et du réconfort, et si nécessaire la mettre en lien avec de l’aide (SPRC, 2005).

«Est-ce que ça t’aiderait de me parler de ce qui vient d’arriver?»

  • Prendre le temps d’écouter la personne et d’être à ses côtés afin de lui permettre de partager tout ce dont elle veut bien discuter. La validation et la normalisation des sentiments éprouvés peuvent aider la personne à se sentir entendue, comprise et soutenue.  Il est très important de savoir respecter la vie privée de la personne si elle choisit de ne pas parler ou partager ses sentiments.

«Un décès soudain peut être traumatisant, choquant et accablant.  Ta réaction et tes    sentiments sont tout à fait normaux et compréhensibles.»

  • Reconnais la gamme de réactions et d’émotions associées à une perte tragique et valide les sentiments et le vécu de la personne.

«Lorsque tu seras prêt, tu voudras peut-être parler avec quelqu’un qui pourra t’aider à démêler ce que tu vis ainsi que tous tes sentiments et tes pensées.»

  • Laisse savoir à la personne que c’est bien de recourir à de l’aide. Parfois, le fait de savoir qu’elle n’est pas seule et qu’il existe des ressources professionnelles (counseling) dans le domaine du deuil, qui travaillent quotidiennement avec des gens qui vivent la même chose, peut faire une différence pour une personne endeuillée.

«Lorsqu’une personne se suicide, il arrive que le suicide prédomine sur tous les aspects de notre vie, même jusqu’à modifier notre perception de la personne décédée.  La façon de mourir ne change en rien la valeur de l’être aimé ou la relation que nous avions avec elle.»

  • Le suicide est un traumatisme. Nous pouvons toujours dire que peu importe la nature du décès, cela ne change en rien la valeur, l’identité et l’importance de l’être cher.  Cela ne diminue pas l’amour que nous éprouvons pour cette personne ou son amour pour ses proches.

Soyez patient. Il arrive que le survivant ait de la difficulté à maîtriser toute cette information et sa capacité à communiquer peut en être affectée.  Il se peut que vous ayez à répéter la même information ou à répondre aux mêmes questions à quelques reprises.

Les endeuillés du suicide vont parfois rejouer dans leur tête et reconsidérer à maintes reprises les circonstances du décès.  Ce processus est à la fois normal et nécessaire. (Wolfelt, 2007) Les difficultés de concentration sont normales et le fait d’offrir à une personne la possibilité d’écrire l’information pour qu’elle puisse s’y référer plus tard peut être un geste grandement apprécié.

*SOURCE: Information adaptée de textes originaux:
A Guide for Early Responders: Supporting Survivors Bereaved by Suicide.
Winnipeg Suicide Prevention Network. Pages 7-11